L’automne, le temps des amours

Vers la fin juillet, les cerfs sortent de la forêt où ils avaient, pudiquement, trouvé refuge durant la repousse de leurs bois. Les plus vigoureux, généralement solitaires, marquent les jeunes arbres en s’y frottant violemment. Ainsi épluchent-ils le velours de leur bois et aiguisent-ils les pointes de leur nouvelle parure. Les guerriers sont désormais prêts pour leurs joutes amoureuses. Les jeunes mâles, ou daguets, intrigués par le manège des aînés, se regroupent en hardes. Ils s’amusent à simuler les joutes des adultes.
Pendant ce temps, les hardes de biches parcourent la Réserve en feignant d’ignorer les préparatifs de leurs futurs galants.

Avec l’été qui s’avance, les fortes chaleurs s’estompent. Les premiers orages ouvrent leurs vannes pour reverdir les prairies. Les bisonnes commencent à s’agiter. La saison des amours est bientôt là. Dès le milieu du mois d’août, les femelles précoces et celles qui n’allaitent pas, entrent en chaleur.

Les ballets amoureux commencent…

Le bison mâle repère immédiatement le changement de comportement des femelles. Il lui faut alors évaluer précisément l’état hormonal de sa « chérie ».

Pour cela, il dispose d’un organe de détection infaillible, situé juste en arrière du palais, l’organe de Jacobson. C’est pour cela qu’il flaire régulièrement la région génitale de la femelle et, tel un œnologue, il aspire par la bouche les phéromones émises par la femelle. Cela l’excite. S’il pense le moment de la fécondation venu, le mâle consacre tout son temps à la femelle l’accompagnant partout, parfois pendant plusieurs jours. Jusqu’à ce que la belle cède à ses avances.

Durant tout septembre, l’effervescence sexuelle grandit dans la Réserve pour  culminer, début octobre, avec le brame du cerf. Les hoquets rauques et saccadés des mâles en rut débutent en fin d’après-midi pour s’achever la matinée suivante. Avant de reprendre des jours durant. Répercutés par la montagne, ces braillements de défis entre mâles mettent à cran l’ensemble de la faune.
Les chevreuils et chevaux sauvages s’écartent prudemment pour gagner une zone tranquille, tandis que les sangliers font de larges détours pour éviter les places de brame. Seuls les bisons poursuivent imperturbablement leurs activités amoureuses.
Parfois un mâle distrait ou une femelle curieuse, s’approche un trop près des biches courtisées par un cerf. La charge de celui-ci est immédiate et malheur à l’imprudent qui serait touché à l’abdomen car une blessure peut conduire à la mort.
Les combats de cerfs sont spectaculaires, mais rarement mortels. Les adversaires se défient d’abord de la voix, puis bois contre bois.

Ils se repoussent à tour de rôle jusqu’à ce que le plus faible cède. Une femelle ne vaut pas la peine qu’on meurt pour elle, d’autant que les biches n’hésitent pas à tromper les vainqueurs avec les vaincus !

…et les prétendants seront comblés.

Les observations réalisées sur la Réserve par les scientifiques et nos visiteurs confirment la polyandrie des biches et bisonnes. Elles se laissent saillir par plusieurs mâles au cours de la saison des amours.
Peu décrit, ce comportement est dans l’intérêt des femelles qui augmentent ainsi leur chance de gestation. Imaginons que le plus beau mâle soit en réalité stérile ! Le libertinage des femelles est aussi un avantage pour le troupeau car plus les pères sont nombreux, plus la variabilité génétique est élevée.

Texte : Patrice Longour – Photos : Baptiste Vivinus



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